Chaque année, des centaines d’Africains de la diaspora envoient de l’argent au pays pour construire, acheter des terrains ou aider la famille. Parfois ça marche. Mais le plus souvent, cet argent finit dans le gaspillage.
Ce texte reprend un cas courant, raconté durant notre émission la diaspora répond : un Burkinabé arrivé en Europe en 2016, qui a travaillé dur dans les champs en campagne, économisé et investi pendant trois ans pour construire des appartements meublés dans son pays.
À son retour, il découvre que son père a inscrit les titres à son nom et s’est approprié les biens.
Résultat : 20 millions d’épargnes dilapidés après des années de travail.
Le récit en bref
Arrivé en Italie en 2016, il fait des économies, transfère de l’argent pour construire des maisons et achète des terrains. Trois ans plus tard, les constructions sont terminées.
Mais les papiers officiels sont au nom du père. Quand le fils demande des explications ou tente de récupérer ses droits, il se heurte au silence, à l’intimidation familiale et à la difficulté culturelle de contester un parent.
Pourquoi ces escroqueries familiales arrivent si souvent ?
- Confiance mal sécurisée : envoyer des fonds sans contrat ni preuve formelle laisse la porte ouverte aux abus.
- Pression culturelle et respect des aînés : beaucoup préfèrent ne pas contester un parent même quand il y a abus.
- Distance géographique : être loin complique le suivi des travaux, des documents et de la gestion courante.
- Mauvaise information financière : méconnaissance des placements, de la tenue de titres et des structures juridiques sécurisées.
- Coûts d’entretien : l’immobilier nécessite entretien et réparations ; sans gestion, la valeur se dégrade.
Conséquences pratiques
- Perte effective du contrôle sur le bien immobilier.
- Risques de litiges familiaux et de démembrement des biens après décès.
- Dépenses supplémentaires pour réhabiliter et entretenir des maisons laissées à l’abandon.
- Illusion de sécurité si l’argent est placé en banque sans connaître la garantie des dépôts locaux.
Principes à retenir avant d’investir au pays
- Sécuriser avant d’envoyer : ne pas compter uniquement sur la bonne foi familiale.
- Prendre des garanties juridiques : actes notariés, contrats clairs, reconnaissances de dettes, mandats de gestion.
- Contrôler la gestion : visite fréquentes sur le terrain, faire intervenir un tiers neutre ou un professionnel sur place.
- Prévoir l’entretien : prévoir qui paiera la maintenance sur le long terme.
- S’informer sur le système bancaire local : garanties d’État, risque de faillite, limites de remboursement.
Actions concrètes pour protéger ses investissements en Afrique
Avant d’envoyer ou de confier de l’argent :
- Exiger un acte notarié indiquant clairement la nature du transfert (prêt, mandat, donation, achat au nom du donneur, etc.).
- Utiliser un contrat écrit signé par toutes les parties et enregistré quand la loi locale le permet.
- Éviter les prêts informels : si vous prêtez de l’argent, attendez-vous à ne pas plus le recevoir ; de préférence donnez si vous voulez éviter un conflit.
- Créer une structure juridique : société (SARL) ou fiducie qui détient les biens peut protéger la propriété et clarifier la gestion.
- Procuration limitée et mandats : donner une procuration précise avec durée et pouvoirs limités plutôt qu’un contrôle total.
- Recourir à un notaire ou avocat indépendant pour vérifier l’authenticité des titres et la conformité des transactions.
- Détenir des preuves : transferts bancaires traçables, photos, vidéos des travaux, contrats avec fournisseurs et entrepreneurs.
- Nommer un gestionnaire professionnel (agence immobilière, gardien rémunéré) plutôt que de confier la gestion à un membre de la famille.
- Planifier des visites régulières ou mandater quelqu’un de confiance pour vérifier l’état du bien tous les 2–3 mois.
Si vous êtes déjà victime d’abus
- Rassemblez toutes les preuves de paiement et de communication (relevés bancaires, messages, devis, factures).
- Demandez copie des titres fonciers et rendez-vous chez un notaire pour vérifier les enregistrements.
- Tentez d’abord la médiation familiale ou locale ; la loi et la police sont des recours, mais la réalité culturelle complique souvent ces démarches.
- Consultez un avocat local spécialisé en droit foncier et en succession.
- Évaluez la possibilité d’une action en justice en fonction du coût, des preuves et des chances de succès.
Alternatives d’investissement et gestion prudente
Plusieurs personnes de la diaspora choisissent aujourd’hui des stratégies pour limiter le risque :
- Investir d’abord dans le pays de résidence (où vous travaillez) pour consolider un capital avant de réinvestir au pays d’origine.
- Utiliser des placements bancaires : certains parlent de comptes offrant 5–6 % par an. Attention : les garanties et la sécurité varient selon les pays et les banques.
- Attendre d’être physiquement présent pour acheter ou finaliser des titres importants.
- Construire un portefeuille diversifié (placements, actions, immobilier avec gestion professionnelle) plutôt que tout concentrer dans un projet géré par la famille.
Conseils pratiques et petit guide de décision
Avant d’envoyer de l’argent ou d’entamer un projet en Afrique:
- Question 1 : Ai-je des documents légaux prouvant ma propriété ou la finalité du transfert ?
- Question 2 : Qui gérera le bien au quotidien et quel est son incentive à bien le faire ?
- Question 3 : Quel est le plan d’entretien à 5 et 10 ans ?
- Question 4 : Ai-je un avocat ou un notaire indépendant pour valider la transaction ?
- Rappel : Si on vous demande un prêt, mieux vaut donner ce que vous pouvez offrir que prêter et créer des dettes familiales durables.
Les histoires d’abus par des proches sont douloureuses mais évitables avec la bonne préparation.
Le respect des aînés est précieux, mais il ne doit pas annihiler la protection de vos biens.
Protéger son patrimoine, c’est aussi protéger l’avenir de ses enfants et leur offrir des chances réelles, sans compter sur des accords verbaux ou une confiance non documentée.
La clé : formaliser, documenter, responsabiliser et, si possible, rester impliqué. La diaspora peut construire l’Afrique de demain, mais cela demande prudence, information financière et choix juridiques réfléchis.


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