“Je suis camerounaise mais je ne souhaite plus vivre au Cameroun”

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« Je suis camerounaise mais je ne veux plus vivre au Cameroun ! » Ce commentaire publié suite à une vidéo sur ma chaîne YouTube démontre la frustration que ressentent les Camerounais installés à l’étranger.

Beaucoup de Camerounais de la diaspora la prononcent, après des frustrations personnelles : problèmes administratifs, corruption, manque d’infrastructures ou simplement des rêves brisés.

Pourtant, se détourner complètement de sa terre d’origine revient souvent à abandonner une source de richesse humaine, territoriale et économique, que peu de pays peuvent revendiquer.

Le constat : frustration, départs et malentendus

De nombreuses personnes de la diaspora camerounaise expriment un sentiment d’usure. Elles ont été blessées par des trahisons familiales, des projets avortés, des lenteurs administratives. Face à ces difficultés, certains décident de couper les ponts définitivement.

Mais ce constat cache aussi des malentendus : l’Afrique centrale, et le Cameroun en particulier, reste un territoire extrêmement riche en ressources naturelles, biodiversité et capital humain.

La frustration n’est pas nouvelle, mais sa conséquence la plus dangereuse est le départ massif et la désorganisation de la diaspora. Pendant ce temps, d’autres communautés étrangères — Libanais, Indiens, Chinois — investissent et occupent des espaces économiques importants.

Plutôt que de s’effacer, la diaspora peut organiser son action et redevenir un acteur décisif du développement local.

Pourquoi le Cameroun n’est pas « fini »

Le Cameroun est souvent décrit comme « l’Afrique en miniature » : montagnes, plaines, forêts tropicales, littoral, zones agropastorales et ressources minières. Cette diversité lui donne un potentiel multisectoriel rare.

  • Ressources naturelles : pétrole, bois, minerais, terres agricoles fertiles et une biodiversité exceptionnelle.
  • Position géographique : carrefour entre Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, potentiel logistique sous-exploité.
  • Infrastructures existantes : réseaux routiers, ports et aéroports (même si plusieurs restent sous-utilisés).
  • Capital humain : une diaspora qualifiée en Europe, Amérique et Afrique, des jeunes entrepreneurs, et une culture vivante.

Malgré des désordres politiques ou économiques, reconnaître ces atouts est la première étape pour reconstruire une stratégie collective. Il ne s’agit pas d’ignorer les problèmes, mais de maintenir une vision réaliste et ambitieuse.

« Le Cameroun est le seul pays en Afrique qui a sur son territoire tout ce qu’on retrouve dans chaque pays d’Afrique. »

Chiffres clés : la diaspora et l’argent qui circule

Les envois de fonds des migrants jouent un rôle crucial dans l’économie camerounaise.

Selon des estimations consolidées par des organismes internationaux, les transferts de fonds vers le Cameroun oscillent autour d’1 à 1,5 milliard de dollars par an ces dernières années, ce qui représente généralement entre 2 et 3 % du PIB. Ces montants servent principalement :

  • à soutenir la consommation des ménages (alimentation, santé, éducation) ;
  • à financer des achats immobiliers ou des créations de petites entreprises ;
  • à constituer des économies pour des projets familiaux (mariage, construction, mobilité).

Cependant, la part des investissements formels en provenance de la diaspora : participation dans des PME, investissements agricoles structurés, fonds d’infrastructure, reste encore faible comparée au volume des envois de fonds.

La majorité des transferts sont des ressources de subsistance, pas des placements productifs à grande échelle.

Les raisons sont multiples : manque d’incitations fiscales, peur des risques, absence de structures fiables de canalisation des investissements, et problèmes juridiques ou fonciers.

Pourtant, l’expérience montre que des initiatives collectives bien organisées peuvent transformer ces flux en projets durables.

Ce qui marche : exemples d’investissements et d’approches efficaces

Quelques modèles à retenir :

  • Investissements en groupe : des communautés de la diaspora qui se regroupent et constituent des fonds communs réussissent mieux. Exemple évoqué : Maliens qui ont porté un projet de construction de logements depuis l’étranger en s’organisant collectivement et en se faisant reconnaître auprès des autorités locales.
  • Apport de savoir-faire : des entrepreneurs venus d’autres régions d’Afrique apportent des compétences spécifiques (restauration, commerce, artisanat) et s’intègrent dans les économies locales, prouvant que la mobilité intra-africaine peut être une source de transfert de compétences.
  • Projets locaux suivis : des groupes de diaspora qui ne se contentent pas de collecter des fonds pour la fête, mais mettent en place des comités de suivi et envoient des représentants pour exécuter et auditer les projets.

Les freins à lever

Plusieurs éléments empêchent aujourd’hui la diaspora camerounaise de jouer pleinement son rôle :

  • Tribalisme et divisions : les rivalités ethniques ou régionales empêchent la solidarité et fragmentent l’effort collectif.
  • Manque d’organisation : de nombreux groupes se réunissent surtout pour des moments festifs plutôt que pour des projets structurés.
  • Problèmes administratifs : lourdeur des procédures, risques de saisie ou de détournement, absence de protection juridique pour les investissements de la diaspora.
  • Manque de confiance : peur d’être arnaqué, d’investir dans des projets mal gérés ou de perdre son capital.
  • Capital limité : beaucoup d’envois servent à la consommation et non à l’investissement productif.

Comment la diaspora peut agir concrètement et efficacement

La transformation vient par l’organisation et la stratégie. Voici des actions précises à mettre en œuvre :

  1. Se regrouper légalement : créer des associations ou coopératives reconnues par les autorités du pays d’accueil et du Cameroun pour faciliter la traçabilité et la légitimité des projets.
  2. Définir des objectifs clairs : choisir des secteurs prioritaires (agroalimentaire, énergie, santé, éducation, immobilier) et élaborer des plans de 3 à 5 ans.
  3. Mettre en place des mécanismes de gouvernance : comités de gestion, règles de transparence, audits externes, et sanctions pour les malversations.
  4. Associer les acteurs locaux : travailler avec des partenaires sur place qui comprennent le terrain et bénéficient d’une légitimité locale.
  5. Mobiliser le capital patient : orienter une partie des envois vers des fonds d’investissement locaux plutôt que des dépenses courantes.
  6. Utiliser la technologie : plateformes de crowdfunding, comptes séquestres, blockchain pour la traçabilité des transferts si possible.
  7. Former et accompagner : financer la formation des porteurs de projets locaux et prévoir un accompagnement technique.
  8. Négocier des incitations : travailler avec les autorités pour obtenir des avantages fiscaux ou des garanties pour les investisseurs de la diaspora.
  9. Maintenir un pied sur place : favoriser une présence permanente ou au moins des représentants de confiance sur le terrain.
  10. Mesurer et communiquer : publier les résultats financiers et sociaux pour attirer d’autres investisseurs et gagner la confiance.

Que doivent changer les Camerounais restés au pays ?

Le succès de la coopération diaspora/locaux exige des ajustements des deux côtés. Pour ceux restés au Cameroun :

  • Réduire les ego : la fierté mal placée ou le refus de collaborer avec certains ressortissants doit céder le pas à l’intérêt commun.
  • Accepter la diaspora comme partenaire : ne pas voir l’enfant de la nation revenu en vacances comme un simple consommateur mais comme un investisseur potentiel.
  • Professionnaliser la réception des projets : créer des structures municipales capables de recevoir, suivre et protéger les initiatives de la diaspora.
  • Sanctionner les abus : mettre en place des procédures claires pour juger rapidement les détournements et dissuader la malhonnêteté.

Bonnes pratiques à reproduire : modèles à suivre

Plusieurs diasporas africaines ont montré que l’organisation paie :

  • Burkina Faso : groupes de la diaspora qui financent des projets communaux et qui ont des accords formels avec les municipalités pour la mise en œuvre et le suivi.
  • Mali : initiatives de construction de logements portées par des collectifs à l’étranger, avec reconnaissance officielle et collaboration ministérielle.
  • Communautés ouest-africaines : souvent plus soudées en Europe, elles ont su créer des réseaux d’entraide, d’investissement et d’influence.

Ces approches reposent sur une logique simple : plus vous êtes organisés, plus vous êtes crédibles, plus vous attirez capitaux et partenariats.

Un appel à garder un pied au pays

Couper totalement les ponts avec le pays d’origine, ce n’est pas seulement renoncer à des opportunités économiques. C’est aussi tourner le dos à ses racines spirituelles, culturelles et familiales.

Le Cameroun a connu et connaîtra des cycles. Aucune situation n’est immuable. L’exemple de pays passés de l’extrême pauvreté à l’essor montre que le temps et une stratégie cohérente changent tout.

Pour la diaspora, le message est clair : ne partez pas avec l’idée de ne jamais revenir soutenir votre pays. Ayez toujours un « pied » au Cameroun : un compte bancaire, un terrain géré, un projet suivi, un partenaire de confiance.

Le retour peut être partiel, progressif ou temporel, mais il doit exister pour garder la chaîne vivante.

Plan d’action en 10 points pour la diaspora camerounaise

  1. Créer ou rejoindre une association légale avec des statuts clairs.
  2. Choisir un secteur prioritaire et élaborer un plan d’affaires réaliste.
  3. Constituer un fonds commun avec règles de gouvernance.
  4. Signer des conventions avec des partenaires locaux reconnus.
  5. Utiliser des comptes séquestres ou des plateformes transparentes pour les transferts.
  6. Former un comité de suivi et d’audit indépendant.
  7. Obtenir la reconnaissance ou l’agrément des autorités locales quand c’est possible.
  8. Favoriser des projets générateurs d’emplois durables plutôt que des dépenses de consommation.
  9. Communiquer régulièrement sur les progrès pour attirer d’autres investisseurs.
  10. Prendre en compte l’intégration sociale et le respect des coutumes locales pour éviter les conflits.

Conclusion : espoir, organisation et responsabilité

Le Cameroun est loin d’être « fini ». Il est riche en ressources, en diversité et en talents.

Le véritable défi est d’organiser l’énergie dispersée de la diaspora et des acteurs locaux pour transformer cette richesse en projets durables.

Cela passe par la fin du tribalisme destructeur, la professionnalisation des associations de la diaspora, la création de mécanismes transparents et la volonté des acteurs locaux d’accepter l’aide et la collaboration.

Garder espoir n’est pas naïf ; c’est stratégique. Ceux qui pensent que partir et couper les liens est la seule solution risquent de regretter en voyant leur pays prendre son envol.

L’effort doit être collectif, structuré et audacieux. Si la diaspora camerounaise se mobilise intelligemment, elle peut non seulement protéger ses investissements mais aussi accélérer la transformation du pays.

Le Cameroun peut surprendre. Il mérite qu’on y croie, qu’on s’y engage et qu’on travaille ensemble pour le rendre meilleur.


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