Les business appartenant aux africains dans la diaspora ne font pas encore le poids face à la concurrence.
Plusieurs raisons expliquent pourquoi l’entrepreneuriat africain ne prospère pas.
Je veux m’attarder sur ce sujet parce que je crois au potentiel de la diaspora africaine.
Si on veut atteindre le succès et s’imposer du point de vue économique en occident, nous devons évoquer certaines tares qui empêchent nos business de prospérer.
Le faible pouvoir économique de la diaspora africaine est l’une des raisons pour lesquelles notre communauté est en arrière.
Peu d’africains de la diaspora ont le courage d’emprunter la voie de l’entrepreneuriat. En majorité, ils préfèrent être des salariés, car, le salariat est moins risqué et leur procure une certaine sécurité.
En dehors des risques liés à l’entrepreneuriat, il existe un problème d’union et de financement dans la communauté noire. Les africains peinent à s’unir pour créer des activités et ne sont pas toujours financés par leurs gouvernements.
Du côté des asiatiques, les business voient le jour à travers, l’union des capitaux des membres de leur communauté ou le financement de leurs états.
Le domaine de l’alimentation, par exemple, représente un marché important pour la communauté noire. Loin de leur terre d’origine, les africains ont parfois besoin de se nourrir avec des plats typiques de chez eux.
Toutefois, ce marché demande beaucoup de capitaux pour affronter la concurrence.
Ce besoin alimentaire a été capté par les communautés asiatiques, qui, aujourd’hui, sont les leaders dans le secteur de la distribution de denrées alimentaires africaines dans la diaspora.
Dans les grandes capitales européennes, la majorité des afro shop appartiennent aux asiatiques.
Si vous faites un tour dans leurs locaux les weekend, vous verrez de longues files d’attente d’africains venus se procurer de quoi manger.
Du point de vue économique, c’est un gros manque pour la communauté noire.
Quelques entrepreneurs africains ont pris le chemin de l’entrepreneuriat et ont investi dans : la restauration, le transport, la distribution alimentaire, les salons de beauté, etc.
Cependant, leurs business stagnent et ne résistent pas toujours dans le temps.
Hormis le problème d’union et le manque de financement, il existe d’autres éléments fondamentaux, qui empêchent les business africains de prospérer.
Les trois grandes raisons à la base de l’échec des business africains dans la diaspora sont :
- le manque de professionnalisme.
- le manque de compétences.
- le faible soutien de la communauté.
1-Le manque de professionnalisme
Pour avoir visité plusieurs locaux africains et soutenu plusieurs business appartenant à la communauté noire, je dois avouer que le manque de professionnalisme me laisse toujours sans voix.
Je vous raconte brièvement mes deux dernières mésaventures avec des entrepreneuses africaines appartenant à des pays différents.
Il est important de préciser qu’elles ne sont pas du même pays, car, le manque de professionnalisme, est un problème fréquent dans plusieurs pays d’Afrique.
Je préfère ne pas mentionner leurs pays d’origine. Le but n’étant pas de stigmatiser.
Dans le premier cas, je m’étais rendue dans un salon de coiffure et j’avais pris rendez-vous pour le lendemain. Par ailleurs, je m’étais entendue avec la coiffeuse sur l’heure. Tout était ok ! Arrivée au salon de coiffure le lendemain, à l’heure convenue, la coiffeuse était absente, à ma grande surprise !
Son collègue, après l’avoir appelé pour l‘informer de ma présence, me confia qu’elle s’était rendue à l’hôpital pour un rendez-vous et qu’elle serait là dans quelques minutes. Après 1 h d’attente environ, elle n’était toujours pas là. Prise par mon emploi du temps, j’ai dû m’en aller, déçue d’avoir perdu mon temps.
Je me suis posée plusieurs questions ce jour-là. Pourquoi m’avait-elle donné ce rendez-vous alors qu’elle savait qu’elle serait absente ? Puisqu’il ne s’agissait pas d’une urgence chez le médecin, mais d’un rendez-vous planifié à l’avance ? Pourquoi quand son collègue lui a fait part de ma présence, elle n’a pas daigné s’excuser de son absence ?
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La deuxième fois où j’ai été victime du manque de professionnalisme, je voulais soutenir une compatriote qui vendait des denrées alimentaires sur les réseaux sociaux.
Après l’avoir contacté sur WhatsApp et précisé les produits que je voulais, nous nous sommes donnés rendez-vous, pour le jour suivant, dans une station.
Le lendemain, après quinze minutes d’attente, et quelques appels sans succès, je lui ai envoyé un message pour savoir quand elle comptait arriver.
Ce qu’elle a trouvé de bon à me dire, c’est que sa sœur allait m’appeler. Bien sûr, sans s’excuser pour le désagrément !
Je suis convaincue de ne pas être la seule à avoir vécu des expériences aussi désagréables.
Le manque de professionnalisme se vérifie dans :
- le non-respect des horaires.
- le commérage.
- la familiarité avec le client.
- le non-respect de l’intimité du client.
- l’impolitesse.
1.1-Le non-respect des horaires
J’ignore pourquoi les africains en général ont un problème avec le respect des horaires. Que ce soit dans un cadre formel ou informel, rares sont ceux qui comprennent, l’importance de la ponctualité.
Être ponctuel démontre une marque de considération et de respect envers l’autre. La ponctualité est une qualité importante, pour construire des relations saines et durables dans le temps.
Je ne peux pas compter le nombre de fois où je me suis rendue dans un afro shop et le local était fermé aux heures d’ouverture.
Parfois, les horaires ne sont même pas affichés à l’entrée du local, laissant le client confus, quant aux heures d’ouverture.
Plusieurs entrepreneurs dans la communauté noire ne prennent pas leur business au sérieux.
En plus, ils ne comprennent pas la valeur du temps. Pour eux, ouvrir à 8 h du matin équivaut à ouvrir à 10 h du matin. Ils ne comprennent pas la psychologie du client.
Si tel était le cas, ils comprendraient que pour un client qui a organisé sa journée en plusieurs activités et a prévu de faire ses achats à 8 h, attendre jusqu’à 10 h, bouleverse complètement son emploi du temps et empiète sur les autres activités de la journée.
Le plus décevant, c’est que ces retards et absences ne sont pas justifiés.
J’ai observé les commerces des occidentaux et chinois et j’ai noté que le respect des horaires est primordial chez eux.
Lorsqu’ils doivent s’absenter pendant les horaires d’activité, ils prennent le soin de mettre une affiche à l’extérieur du local pour aviser les clients.
Ce n’est pas le cas pour plusieurs commerces africains. Ils ouvrent et ferment quand ça leur chante !
1.2- Le commérage
Le commérage dans les commerces africains est l’un des fléaux qui découragent beaucoup de clients.
Les exemples typiques de business où le commérage a élu domicile dans la diaspora, sont : les salons de coiffure, les restaurants, les snacks/boîtes de nuits.
Les retours négatifs de la communauté sont assez révélateurs : des propriétaires de locaux qui décortiquent la vie de leurs clients avec d’autres clients ; des coiffeuses qui se permettent de faire du sabotage et du dénigrement en présence de leur clientèle.
Ces entrepreneurs ne mesurent pas l’importance du respect de la vie privée.
Quelle idée de faire du commérage sur une personne qui contribue à la survie de ton business !
1.3- La familiarité et la violation de l’intimité
Ce n’est pas parce qu’un africain fréquente un local appartenant à un autre africain, qu’un lien amical doit forcément naître entre eux.
Il y’a quelques années, en vacances sur Paris, je suis allée avec une proche, dans un restaurant africain à château rouge. Quand nous sommes arrivées, nous avons trouvé la propriétaire et une amie à elle.
Après avoir commandé nos plats, l’amie en question s’est mise à nous poser un tas de questions sur notre vie. Elle était insistante.
À notre grand étonnement, la propriétaire n’a pas réagi.
Au lieu de demander à son amie de ne plus agacer ses clientes, elle est restée silencieuse, et donc, consentante.
Malheureusement, malgré la bonne qualité du repas, ce moment de détente, censé nous procurer de la joie, nous a plutôt procuré de la gêne et de la déception.
Nous avons dû terminer nos plats, plus vite que prévu, afin de libérer les lieux. En sortant de là, nous nous sommes promises de ne plus jamais y mettre pied.
Avez-vous idée du nombre d’africains, qui, en voulant soutenir les business de la communauté, se sont retrouvés face à ce type d’individus ?
La familiarité dans les business africains est un problème qui doit être considéré par les propriétaires de locaux.
Chers propriétaires, votre lieu de commerce n’est pas votre lieu d’habitation. Dans votre demeure, vous pouvez inviter vos proches et amis pour passer du bon temps. Votre espace commercial, par contre, n’est pas le lieu de rencontre avec vos proches.
Évitez que des personnes indélicates y traînent juste pour passer du bon temps. Évitez surtout de vous immiscer dans la vie privée de vos clients. Ils ne fréquentent pas vos locaux dans le but d’être vos amis, mais plutôt pour recevoir un service de qualité.
1.4- L’impolitesse
L’impolitesse est très fréquente chez les entrepreneurs africains. Quand vous arrivez dans certains locaux, les propriétaires ne daignent pas vous saluer. Certains par distraction ou mauvaise éducation, ne répondent pas aux salutations de leurs clients, trop occupés à scroller sur leurs téléphones.
D’autres, démontrent un désintérêt total face aux clients et répondent à peine aux questions.
Face aux plaintes des clients suite à une insatisfaction, au lieu de s’excuser et de trouver un moyen d’entente, ils sont sur la défensive et vont jusqu’à insulter le client.
Pour ceux qui font du business en ligne, le problème reste le même : maladresse et manque de tact dans les échanges avec les clients, réponses tardives et superflues, entre autres.
Au sujet de l’impolitesse, il y a tellement à dire.
2- Le manque de compétences
Si certains business africains échouent et ne prospèrent pas, c’est essentiellement à cause du manque de compétences.
Les compétences s’acquièrent soit par expérience après des années, soit à travers des formations.
Quand on ne possède pas naturellement le don, l’habilité ou le talent pour se lancer dans un projet, il faut se former préalablement afin d’acquérir les compétences nécessaires.
La formation et l’ajournement des compétences sont fondamentales pour avoir du succès sur le long terme.
Plusieurs entrepreneurs se focalisent, sur le capital et la fourniture, mais négligent l’aspect relationnel.
À quoi cela sert d’avoir un local propre et entretenu, de bons produits ou services si le client se sent méprisé ou négligé ?
C’est dommage de le dire, mais, peu sont ceux qui après avoir fréquenté des locaux africains ont envie d’y remettre les pieds.
L’aspect relationnel, la bonne gestion du rapport client, peuvent faire une grande différence et pousser les business africains au top. Pour cela, les entrepreneurs africains doivent avoir l’humilité de reconnaître qu’ils ont des lacunes.
La question que tout entrepreneur devrait obligatoirement se poser, c’est : après avoir acheté mes produits ou obtenu mes services, ce client reviendra-t-il ?
Certains prennent la grosse tête, deviennent méprisants et condescendants quand leurs business commencent à attirer de la clientèle.
Ils ne comprennent pas que la satisfaction ou l’insatisfaction du client touche directement l’aspect émotionnel.
À travers un service ou un produit, le client recherche un plaisir, un bien-être.
La satisfaction ne se limite pas au produit ou au service en soi, mais à tout ce qui est autour : accueil, politesse, attention, etc.
3- Le faible soutien de la communauté
Les entrepreneurs africains dans la diaspora déplorent le plus souvent le faible soutien de la communauté. Sont-ils victimes de leur médiocrité ? Sont-ils victimes de la jalousie des membres de leur communauté ?
Il faut le reconnaitre, le niveau de médiocrité et d’incompétence des entrepreneurs africains découragent la communauté, mais ce ne sont pas les seules raisons qui empêchent leurs business de prospérer. Ils sont aussi victimes de la jalousie de certains membres de leur communauté.
3.1- Jalousie et sabotage
Les africains ont un problème de solidarité. Certaines personnes de la communauté, sont jalouses, de ceux qui prennent des initiatives et n’hésitent pas à saboter leur business quand l’occasion se présente.
Plusieurs locaux ont été fermés à cause du désordre causé par les membres de la communauté.
Je vous invite à écouter ce témoignage, d’une entrepreneure africaine en Italie, dont le local a été fermé, à cause du désordre crée par ses compatriotes.
On se plaint d’être les derniers, mais par jalousie, on sabote les business des autres.
Le tribalisme contribue aussi au sabotage de plusieurs initiatives. Dans la diaspora camerounaise, par exemple, certains individus aux mentalités primitives, ciblent uniquement les business des membres de leurs tribus. Pire encore, ils préfèrent soutenir les autres communautés, au détriment d’un compatriote appartenant à une tribu qu’ils n’aiment pas.
3.2- Crédit et gratuité des services
L’amour du gratuit, ancré dans la mentalité africaine, n’aide pas les entrepreneurs à prospérer.
Certains africains payent sans rechigner quand ils sont en face d’autres communautés. Mais, dans la communauté africaine, ils veulent automatiquement le gratuit.
Quand ils sont au rouge, ils se rappellent du bar, de l’afro shop, du restaurant du « frère » du pays.
La famille et les liens amicaux causent aussi la chute de certaines activités.
Les membres de la famille et les amis, sous prétexte d’avoir des liens avec leurs proches, entrepreneurs, demandent des crédits et pensent mériter certains services gratuitement. Quand ils doivent payer, ils veulent absolument que le prix soit réduit.
C’est une mentalité à proscrire dans la communauté. Le lien de parenté ne devrait pas être la porte ouverte aux abus. Payer pour des produits ou un service d’un proche, entrepreneur, prouve qu’on veut son évolution.
Au contraire, demander tout le temps, des produits ou services, gratuitement, sur la base du lien de parenté, est tout simplement malsain.
4- Entrepreneuriat ou débrouillardise ?
Le manque de professionnalisme et le manque de compétences cités plus haut sont des tares qu’on retrouve aussi en Afrique.
L’Afrique est un environnement dominé par l’informel, dans lequel chacun fait un peu de tout, à sa manière.
L’occident, au contraire, est un environnement très formel, spécialisé et compétitif.
Entreprendre en occident, exige de la rigueur et des compétences, au risque d’être dominé par la concurrence.
Les entrepreneurs africains dans la diaspora sont victimes de la mentalité de débrouillardise, propre aux pays africains.
Se débrouiller et entreprendre n’ont pas les mêmes implications. Un entrepreneur vise le long terme. Par conséquent, il doit être rigoureux et focalisé sur la satisfaction du client.
Le débrouillard fait ce qu’il peut, à sa façon, pour satisfaire ses besoins primaires. Il a une vision à court terme.
Les entrepreneurs africains ont généralement une vision à court terme. Plusieurs se disent entrepreneurs, mais sont en réalité des débrouillards, qui peinent à s’adapter aux réalités entrepreneuriales de l’occident.
Ils doivent se mettre au niveau des standards, en investissant dans des formations afin de combler leurs lacunes.
Plusieurs formations en gestion du rapport client sont disponibles. Mais, peu sont les entrepreneurs africains qui y accordent de l’importance.
Pour eux, se former c’est jeter de l’argent. Ils oublient que ce qui est toléré en Afrique ne l’est pas forcément en occident. Raison pour laquelle, beaucoup chutent, après quelques années d’activité.
Plusieurs personnes, après avoir été déçu par la qualité du service de certains entrepreneurs africains, font le choix d’éviter tout business, dans la communauté.
Ce n’est pas forcément la solution. Les initiatives dans la communauté noire doivent être soutenues. Si nous ne le faisons pas, personne d’autre ne le fera à notre place.
Les entrepreneurs doivent aussi se remettre en question et travailler sur la qualité de leur service.
Le but de cet article, c’est justement d’attirer leur attention sur des erreurs qu’ils pourraient commettre par ignorance.







