Nous sommes le 22 mars 2026. Il est 19 h 11 lorsque j’écris ces lignes sur mon blog. Je suis logée avec ma famille dans un bed & breakfast non loin de l’aéroport de Milan Malpensa.
Notre vol avec Ethiopian Airlines, à destination du Cameroun, est prévu pour demain, lundi 23 mars.
Je profite de mes dernières heures dans ce pays qui m’a tant appris et donné. Ce pays qui a forgé la personne que je suis devenue aujourd’hui.
C’est à l’âge de 18 ans que j’ai posé mes pieds pour la première fois en Italie: jeune, naïve, mais débordante d’enthousiasme.
Seize ans plus tard, me voilà prête à rentrer, à tourner une page, et à ouvrir une autre page dans mon pays natal, le Cameroun.

Ma première fois en Italie: entre découvertes et étonnement
C’est en août 2010 que j’arrive en Italie pour mes études.
Le premier jour où j’ai mis pied dans ce pays, mes premières réactions ont été l’étonnement et la déception. De même pour mes compatriotes avec qui j’avais pris le vol,
Je m’attendais, comme mes amis, à voir des gratte-ciel partout, des maisons toutes neuves, parfaites comme je me les imaginais dans mon esprit, parce que c’est ce que je voyais à la télévision.
Grande a été ma surprise de constater que l’Italie est un pays normal, où on trouve aussi de vieilles maisons et des rues sales.
Cette réalité, semblable à celles d’autres pays européens que j’ai eu l’occasion de visiter, a brisé en moi l’illusion que j’avais du pays des Blancs.
Une chose que j’ai apprise des Occidentaux pendant mes années en Europe, c’est qu’ils savent vendre leur image à l’international. Dans leurs médias, ils cachent toute information ou image qui puisse dégrader l’image de leurs pays et mettent en avant celles qui font rêver.
Résultat : beaucoup d’Africains sur le continent idéalisent l’Occident, à cause des images qu’ils voient sur leurs écrans, sans savoir que la réalité est toute autre.
Mon parcours universitaire: challenges et leçons
Mes années d’études n’ont pas été ordinaires. Mon parcours universitaire en économie et gestion des entreprises, à l’université de Bologne, censé être d’une durée de trois ans, s’est conclu en presque six ans.
Pendant mes études, je suis tombée enceinte en deuxième année, sans comprendre les répercussions d’un choix pareil sur une jeune étudiante africaine en Europe, seule et sans soutien familial.
D’étudiante à temps plein à étudiante mère
Mon accouchement a mis une longue pause à mes études. Je me suis retrouvée à 21 ans à devoir assumer deux rôles : celui d’étudiante et celui de mère.
La réalité était rude. Sans soutien familial, il était quasiment impossible pour moi de me concentrer sur mes examens.
Entre les absences aux leçons (j’habitais dans une ville distante d’une heure et trente minutes de mon université) et ma nouvelle vie de mère, je ne trouvais plus de temps pour ouvrir un livre.
C’est ainsi que j’ai passé plus d’un an à m’occuper de mon enfant, entre stress, dépression post-partum et sentiment d’inachevé.
C’est à ce moment-là que j’ai compris l’environnement dans lequel je me trouvais et la complexité du système occidental.
Cette étape, je ne suis pas la seule à l’avoir vécue en Europe, beaucoup d’étudiantes l’ont vécue et certaines, face au poids des nouvelles responsabilités, abandonnent leurs études pour se concentrer sur leur vie de couple.
D’autres changent complètement de trajectoire, en optant pour de courtes formations, en auxiliaire de vie par exemple.
Ce chemin, je n’ai pas voulu le suivre. J’étais déterminée à conclure mon parcours, à atteindre l’objectif pour lequel j’étais venue en Italie et à rendre mes parents fiers.
C’est ce qui a été ma plus grande motivation.
Objectifs atteints malgré les difficultés
Aucun père ne se réjouit quand il découvre que sa fille qu’il a envoyée étudier en Europe lui ramène une grossesse hors mariage, à la place d’un diplôme de fin d’études. Il fallait absolument que je rende mon père fier.
C’est ainsi qu’après plus d’un an à jouer mon rôle de mère, je décide de reprendre mes études. Je rappelle que je n’avais pas officiellement mis fin à mes études, mais je n’allais plus en cours et je n’étudiais plus.
La reprise a été lente et difficile. Quand je lisais mes cours, j’avais l’impression d’apprendre du chinois.
Heureusement, ma détermination à me défaire de ce sentiment d’inachevé qui me hantait m’a poussé à résister.
C’est ainsi qu’en octobre 2016, j’ai obtenu ma licence en économie et gestion des entreprises, à l’université de Bologne.
Par la suite, j’ai entamé un master en économie et management. J’ai fait des formations et j’ai travaillé quelques années plus tard, en tant qu’assistante back-office et tuteur formation pour une grande entreprise dans la ville de Reggio-Émilie.
Cette étape de ma vie a été remplie de challenges et de leçons et je me réjouis de partager mon expérience avec les nouveaux arrivants quand j’en ai l’opportunité.
La rencontre avec mon mari: le déclic pour le retour
J’ai commencé à considérer sérieusement le retour en Afrique, après la rencontre avec mon mari en 2019.
Une chose qu’on avait en commun, c’est qu’on ne voulait pas finir nos vies en Occident.
Pour ma part, la raison principale était le climat froid et le train de vie occidental, auxquels je ne réussissais pas à m’habituer.
Je ne venais pas en Italie avec l’objectif de rentrer au Cameroun. Cependant, j’ai compris dès les premiers mois dans ce pays que je n’y finirais pas mes jours.
Par ailleurs, j’aime l’Afrique et le sentiment de liberté qu’elle procure.
J’adore le soleil. Il m’est impossible de vivre longtemps dans un environnement froid et gris : je perds de ma créativité et de ma motivation.
Cette compatibilité avec mon mari, sur la question du retour, nous a aidés à mieux nous préparer jusqu’à sa concrétisation.
Le retour en couple s’avère complexe, quand on a en face un(e) partenaire qui ne partage pas notre vision. S’en suivent le plus souvent des conflits qui vont jusqu’aux séparations ou aux divorces.
Dans mon cas, la question du retour avec mon conjoint a été libératrice. Nous étions sur la même longueur d’onde et à aucun moment de notre relation il nous est venu à l’idée d’abandonner le projet.
Le retour n’a jamais été une source de conflits pour nous, mais un soulagement mutuel. Raison pour laquelle, après cinq ans de préparation, notre retour s’est finalement concrétisé.
Mon bilan après 16 ans de vie en Italie
En Occident, le temps court. Franchement, je n’ai pas vu ces 16 ans passer.
Toutefois, je suis reconnaissante pour ce que l’Italie m’a donné.
Je suis arrivée dans ce pays très jeune et j’en ressors mature et expérimentée.
L’Italie n’est pas un pays difficile comme beaucoup de personnes pensent. C’est un pays qui, comme les autres, a ses codes.
Pendant mon passage en Italie, j’ai connu des moments difficiles: solitude, stress, mais aussi des moments de joie.
Mon parcours a été riche en leçons. J’ai compris comment le système occidental fonctionne : les bons et les mauvais côtés.
Aujourd’hui, je n’attends plus rien de l’Europe.
Je sors de ce continent éveillée et outillée avec une vision plus élargie de la vie.
L’Occident est une société développée mais en déclin et en perte de valeur.
L’avenir se trouve en Afrique et le développement de l’Afrique doit se faire avec sa diaspora.






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