Pendant mon séjour à Yaoundé, j’ai rencontré Kenfack Gaelle Laura, la promotrice de Kenzamarket. Cette femme d’affaires aux multiples casquettes est la première personne à avoir créé une épicerie au Cameroun, dans le but de valoriser les produits locaux.
Elle a été une véritable source d’inspiration pour beaucoup de personnes de la diaspora qui souhaitent rentrer en Afrique.
J’ai tenu à recueillir son expérience et son parcours, neuf ans après son retour au Cameroun.
Bonjour Kenza, peux-tu te présenter s’il te plait ?
Bonjour et merci pour l’opportunité que tu me donnes de m’exprimer sur cette chaîne.
Je suis KenFack Gaelle Laura, ingénieur en télécommunication de formation, et promotrice de la marque Kenza Market, spécialisée dans la transformation et la distribution de produits agroalimentaires camerounais.
Depuis 2017, notre concept est simple : promouvoir les produits locaux et leur donner de la valeur, au Cameroun comme à l’international.
Nous avons commencé avec les épices, puis élargi aux farines locales, aux cosmétiques et surtout à la déshydratation des produits. Aujourd’hui, quelqu’un de la diaspora peut venir chez nous, préparer ses bagages proprement, et voyager avec des produits bien emballés et présentables.
Notre force ? La qualité et le packaging. Il faut que nos produits donnent envie d’être consommés.
Comment a été ton parcours en Allemagne ? As-tu travaillé après tes études ?
J’ai étudié électrotechnique et télécommunication à Darmstadt. Ensuite, en 2008, j’ai commencé à travailler chez BMW en tant que consultante pour une entreprise américaine.
J’ai enchaîné avec plusieurs missions dans différentes entreprises jusqu’en 2016, moment où j’ai commencé à penser sérieusement au retour.
Mais qu’est-ce qui t’a poussé à quitter un poste comme ça pour rentrer ?
J’ai travaillé environ 9 à 10 ans. Pendant ce temps, je faisais déjà beaucoup d’autres activités : immobilier, commerce…
Je me suis toujours dit que je rentrerais un jour. Je ne me suis jamais projetée vivre toute ma vie en Allemagne.
Et puis il y avait un problème concret : les bagages. Chaque fois que je venais au Cameroun, c’était compliqué de transporter les produits alimentaires. J’ai même perdu un bagage à cause d’un produit qui avait coulé.
C’est là que j’ai eu le déclic :
Pourquoi ne pas créer une solution pour la diaspora ?
Je voulais offrir des produits bien emballés, propres, présentables, qu’on puisse même offrir à l’étranger sans honte.
En gros, tu as vu un problème et tu as apporté une solution.
Exactement.
Et aussi, il y avait une question d’image. Quand tes collègues européens te demandent des produits du pays, tu ne peux pas leur donner quelque chose dans un sachet improvisé.
Je voulais valoriser le made in Cameroon.
Aujourd’hui, on peut dire que la diaspora représente une grosse part de ta clientèle ?
Oui, énormément.
Beaucoup commandent à distance depuis la Suisse, la France, le Canada, les États-Unis. D’autres viennent directement au Cameroun et repartent avec leurs produits.
Est-ce qu’il faut forcément une grosse somme d’argent pour réussir en Afrique ?
Il faut être honnête : oui, il faut un capital.
On ne peut pas vivre en Afrique sans argent. Le coût de la vie est élevé, il n’y a pas toujours de sécurité sociale, et tout repose sur toi.
Pour quelqu’un qui veut rentrer, je dirais qu’il faut environ 50 000 € à 100 000 €, selon le projet et le mode de vie.
Mais au-delà de l’argent, il faut :
- de la détermination
- de l’amour pour son pays
- une bonne préparation
Est-ce que ta famille a soutenu ta décision de rentrer ?
Mon père n’a jamais vraiment compris.
Il me demandait souvent combien la boutique me rapportait. Mais avec le temps, il a vu l’évolution et m’a soutenue.
Les autres ont compris progressivement, en voyant les résultats.
Est-ce que ça a été difficile de t’acclimater ?
Oui. Très difficile au début.
J’ai même eu jusqu’à trois boutiques, dont une à Douala. Mais je n’étais pas encore prête. Il m’a fallu 5 ans pour comprendre le Cameroun.
Aujourd’hui, je préfère me concentrer sur Yaoundé et développer les expéditions.
Je vois deux personnes derrière nous entrain de manger. Kenzamarket offre aussi un service de restauration ?
Oui, absolument.
On propose :
- petit déjeuner
- infusions locales (citronnelle, foléré, thé vert…)
- alimentation saine, beaucoup de crudités
Mon objectif est clair : que les Camerounais consomment davantage nos produits locaux.
La diaspora peut-elle commander les produits Kenzamarket à distance ?
Oui, nous avons :
- le site web
- les réseaux sociaux
On fait aussi des marques blanches : c’est-à-dire qu’on peut produire pour d’autres personnes qui veulent revendre.
J’ai logé dans tes appartements meublés à Yaoundé. Comment t’es-tu retrouvée dans l’immobilier ?
En réalité, j’ai commencé par l’immobilier avant même Kenza Market.
Aujourd’hui, je fais dans :
- la location classique
- les logements meublés (très demandés par la diaspora)
Encore une fois, je réponds à un besoin.
Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un de la diaspora qui veut retourner en Afrique ?
Prenez du temps et venez sur place. Passez au moins 1 ou 2 ans ici.
Votre business doit ressentir votre présence.
Beaucoup de gens perdent de l’argent parce qu’ils gèrent à distance. Pourtant, cet argent perdu équivaut souvent à plusieurs billets d’avion.
Un dernier mot pour la diaspora ?
Il y a énormément d’opportunités en Afrique :
- recyclage
- agriculture
- technologie
- transformation
La diaspora a les compétences. Il faut venir, tester, essayer.
Et surtout, ne pas oublier ses racines.
Merci beaucoup Kenza pour cette interview inspirante.
Son parcours nous montre une chose essentielle : le retour n’est pas un mythe !
Avec de la vision, du courage et de la préparation, on peut construire quelque chose de solide en Afrique.
Et toi, est-ce que tu envisages un retour ?






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