Achille Tanko est arrivé en Italie avec un visa étudiant en 2001. Après ses études en économie et commerce, il a travaillé pour la chambre de commerce de Gênes et a accompagné des entrepreneurs italiens désireux d’investir au Cameroun.
En décembre 2025, il décide de retourner au Cameroun après des années de préparation.
J’ai eu l’occasion d’échanger avec lui dans son entrepôt à Yaoundé, afin de partager son expérience avec la diaspora. Ci-dessous un extrait de son interview.
« Nous voulons apporter des solutions concrètes »
Diaspora Africaine Media : Achille, merci de nous accueillir. Pourrais-tu nous expliquer ce que tu fais concrètement ici ?
Achille Tanko :
Ici, c’est notre petit atelier de conception. On imagine et on fabrique différents types de poubelles adaptées au contexte camerounais. Par exemple, on a des modèles résistants pensés pour les marchés, qui sont des espaces dans lesquels beaucoup d’ordures s’entassent. Ou encore des poubelles pédagogiques en forme de bouteille, pour sensibiliser les enfants au recyclage.
On développe aussi des poubelles enterrées, où les déchets sont stockés sous terre. Cela permet de limiter les odeurs et d’optimiser l’espace en surface.
Innover avec des solutions adaptées au terrain
Diaspora Africaine Media : tes modèles sont assez originaux. Pourquoi ces choix ?
Achille Tanko :
Parce qu’il faut adapter les solutions à notre réalité. Ici, les poubelles en fer sont souvent volées ou vandalisées. Donc on pense à des matériaux et des formes plus durables.
On travaille aussi sur l’aspect éducatif. Par exemple, une poubelle en forme de bouteille permet d’apprendre aux enfants à trier les déchets. On veut que ce soit simple, intuitif et utile.
« Le Cameroun n’a pas besoin de tout importer »
Diaspora Africaine Media : Tu as vécu en Italie où tu avais un certain confort. Pourquoi être revenu au Cameroun ?
Achille Tanko :
J’ai étudié économie et commerce, puis travaillé avec la Chambre de commerce de Gênes. Ensuite, je me suis formé dans le domaine de l’environnement.
À un moment, je me suis posé une question simple :
Pourquoi rester en Europe alors que les besoins sont au Cameroun ?
On pense souvent qu’il faut tout importer. Moi, je pense le contraire. Il faut commencer localement, même si ce n’est pas parfait. On améliore au fur et à mesure.
Un projet lancé… il y a seulement 4 mois
Diaspora Africaine Media : Et tout ce qu’on voit ici, tu l’as fait en combien de temps ?
Achille Tanko :
Ça fait seulement 4 mois que je suis installé au Cameroun. Mais le projet, je l’ai mûri bien avant de rentrer.
Aujourd’hui, on avance étape par étape. Ce que je produis aujourd’hui est déjà meilleur que ce que je faisais il y a quelques mois.
Entre opportunités et réalités du terrain
Diaspora Africaine Media : Comment se passe ton retour ? La diaspora camerounaise a tendance à croire qu’elle n’est pas la bienvenue, qu’en penses-tu ?
Achille Tanko :
Non, pas du tout. Il y a des défis :
- Trouver des travailleurs compétents n’est pas évident
- Les coupures d’électricité ralentissent le travail
- Les prix sont souvent multipliés quand on sait que tu viens d’Europe
Mais malgré tout, la diaspora est la bienvenue. Elle peut créer de l’emploi. Ici, j’ai déjà plusieurs jeunes qui travaillent avec moi.
« Ce qui compte, c’est le résultat »
Achille Tanko insiste sur la rigueur dans son travail. Son chef de chantier, originaire du Mali, illustre bien son approche :
« Peu importe d’où tu viens, ce qui compte, c’est ce que tu sais faire. »
Une mentalité qu’il dit avoir héritée de son expérience en Europe.
Une collaboration encourageante avec les autorités
Diaspora Africaine Media : Les institutions soutiennent-elles ton projet ?
Achille Tanko :
J’ai contacté plusieurs mairies, mais une seule m’a répondu : la mairie de Foumban.
Ils ont compris l’intérêt du projet. Au lieu de centraliser les déchets pour les trier, je leur ai proposé de sensibiliser directement la population au tri. Ils ont accepté.
La sensibilisation : la clé du changement
Pour Achille, le problème de l’insalubrité au Cameroun est double :
- Manque d’infrastructures
- Manque de civisme
« On ne peut pas demander aux gens de bien gérer leurs déchets s’il n’y a pas d’infrastructures adaptées. »
Le pouvoir des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans son action. Grâce à ses vidéos publiées régulièrement sur sa page TikTok :
- Il alerte les autorités
- Il mobilise la population
- Il obtient des résultats concrets
« Après nos vidéos, des camions de ramassage ont commencé à passer dans certains quartiers. »
Des actions concrètes sur le terrain
Au-delà de la fabrication de poubelles, Achille organise aussi des campagnes de nettoyage.
Exemple : une rivière à Mokolo, non entretenue depuis trois ans, qu’il prévoit de nettoyer avec des bénévoles.
« Je me sens utile ici »
Diaspora Africaine Media : Si on te propose de retourner en Italie, que feras-tu ?
Achille Tanko :
Jamais.
Là-bas, j’avais un bon salaire, une vie confortable… mais ici, je me sens utile.
Les retours des gens, leur encouragement, ça vaut plus que l’argent.
Un message fort à la diaspora
Achille Tanko :
- Le Cameroun a besoin de vous
- Les problèmes sont des opportunités
- Ne cherchez pas la perfection, commencez
Mais aussi :
- Soyez prudents (arnaques, coûts élevés)
- Apprenez à négocier
- Ne payez jamais un service avant livraison complète
🇨🇲 « Le changement dépend de nous »
L’interview se conclut sur un message d’espoir :
« Le Cameroun a beaucoup de potentiel. Nous avons la matière grise. Si chacun apporte des solutions, on peut changer les choses. »
Conclusion
Le parcours d’Achille Tanko illustre une réalité de plus en plus visible :
Le retour de la diaspora peut être un levier puissant de transformation.
Avec peu de moyens mais beaucoup de détermination, il prouve qu’il est possible d’agir concrètement et surtout, de redonner espoir.






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